Tuesday, March 18, 2008

  • " Levant "


    Pour la deuxième fois, Raouf Medelgi, porte son regard sur le haiku à travers l'un de mes recueils. Le 5 mars
    "Levant," l'a arrêté.
    Il a fait l'objet de cet article sur le journal   "Le temps" de Tunisie.

    Culturelmercredi 05 mars 2008

    Poésie : « Levant » de Amel Hamdi Smaoui

    Des mots contre les maux

    «Levant. » A lui seul, ce titre laisserait croire à certains que lerecueil dont il est question est un manuscrit oublié de quelques poètesnippons. Pourtant « Levant », paru aux Editions La Nef,est le second opus signé Amel Hamdi Smaoui. Après « d'Encre etd'Aquarelles », son premier recueil, la poétesse nous revient avec sesHaïkus qui parlent d'elle, de ses souvenirs et des choses du passé...


    L'intérêtpremier se porte, tout d'abord, sur l'idéogramme de la couverture. Unidéogramme qui signifie « Soleil Levant », le clin d'œil est tout desuite fait à la culture nippone et en progressant dans le livre,d'autres idéogrammes attirent notre regard. Le dépaysement est de miseet pour nous, profanes, le contact avec ses formes calligraphiques estune initiation à l'approche d'une nouvelle culture. La curiositésuscitée, on aborde le recueil et de prime abord, Amel Hamdi Smaouinous ouvre la porte de son intimité. On entre alors sur la pointe despieds et on parcourt les mots, les vers , puis on considère le haïkudans sa totalité. Et c'est la vision d'un monde évanoui qui se profileen filigrane. Les souvenirs se bousculent, s'appellent et se font écho.Surgissent alors, les premiers départs à l'école, les siestes estivalesdans la maison familiale, les senteurs de jardin, les nuits detourmente et les premiers émois. La mémoire est livrée par bribes, lesouvenir est présenté par truchement presque à la dérobée. Le passé estdépeint comme s' il émerge du fond de la mémoire : incertain parmoment, vif quelques instants plus tard. On ne saurait lui donner unedate exacte, il devient quasi-atemporel et Amel Hamdi Smaoui confirmecette non temporalité par l'absence de verbes conjugués dans quelqueshaïkus.

    Lessujets se diversifient de page en page et à travers la poésie,l'intimité de la poétesse se dévoile et le lecteur entre dans ce mondefait de mots et de sensibilité. En progressant dans le recueil, uneimage obsédante, sans nom, sans traits distincts, semble à l'origine dudéploiement de la mémoire... puis on se rappelle que le recueil estdestiné à la mémoire du frère disparu et le fil conducteur paraît alorsévident. Tout semble tourner autour de cette figure centrale et AmelHamdi Smaoui écrit entre autres: « Longtemps retenus/ deux mots jamaisdits... trop tard/ tu n'entends plus »

    Pourconjurer cette évidence, la poétesse trace les mots et par les troisvers, hérités de la tradition nipponne, elle remonte le cours du temps,elle voyage à travers les dédales de la mémoire pour en extrairel'anecdotique et l'émouvant. Le cosmique se mêle à l'intime pour setransformer en personnel. Amel Hamdi Smaoui promène son regard sur lemonde et la mémoire pour les changer en poésie. Une poésie elliptiquequi, par quelques mots,ravive le passé, le nôtre peut-être, le siensûrement.

    Ducœur au cœur, du moi à l'émoi, « Levant » est une halte temporelle dansla grande marche des siècles. C'est un pan d'une histoire mineuretouchante et parlante, la poétesse y associe les mots pour panser sespropres maux et ceux de ses alter ego. Si l'homme est oublieux, latrace écrite demeure comme vestige inébranlable face à son amnésie,face à l'écoulement irrémédiable du temps :

    « Mon doigt trace ton nom

    le vent se joue du sable

    oublie une lettre »
    R. MEDELGI

                                                                                    

Comments (6)

  • MoHe

    Bravo Amel ! Quel belle appréciation de ton Levant ... Tu peux être fière !
    amicalement

    M.

  • amel_hamdi_smaoui

    Merci Monika de ta présence...Ta "voix" me manquait.

    amitié

    amel

  • DanDuteil

    Un beau recueil, tout en finesse. Bravo, Amel !

    Danièle

  • amel_hamdi_smaoui

    Danièle,

    Et à toi toute ma reconnaissance :
    Un recueil au parcours duquel tu as  contribué entre commentaire et exposition-vente lors du week-end du printemps des poètes  dans ta charmante île de Ré.

    Amitié

    Amel

  • DanDuteil
    En toute simplicité, ma réaction immédiate à la première lecture de "Levant".   Danièle   J’aborde Levant d’un regard neuf, sans a priori, n’ayant lu aucun commentaire. Mince et sobre, le  recueil porte sur la couverture un idéogramme signifiant « Soleil Levant ». Ceux des quatre sections désignent l’« Enfance », la « Pluie », le « Soleil » et le « Vent ». Je livre à Amel mes impressions, « à chaud ». Un échange précieux, dont voici des extraits.   La porte de la « Maison d’enfance » aux « quatre murs sans jardin » s’entrouve. Alors, les objets réveillent le passé, par fragments. Des instants lumineux, vite assombris pourtant par la pluie et l’acuité de la douleur :                        Le mal de toi est-ce qu’il peut guérir                             le mal de tes mots ?   Parfois, le temps d’un clin d’œil étoilé, la  nuit complice rassure. Et l’absence se mue en présences multiples : il se mire dans la mer, il marche au-dessus de la montagne… L’horizon s’éclaircit tandis que l’aube métamorphose mille étoiles en myriades de fleurs ressuscitées :                        Fleurs du jardin je vous croyais mortes                             vous resplendissez !   Effet kaléidoscope des saisons qui, à l’instar des sentiments, surgissent inopinément. Au gré du  Printemps nouveau il faut réapprendre à saisir au vol  le bonheur, même sans bonheur. Mais ce bonheur se glace soudain avec le  verglas annoncé. Instants fugitifs faits de oui et de non quand rivalisent l’envie et la peur. Malgré le rayon taquin parfois, la plaie reste intacte :                        Tournée, retournée, la terre, sillons béants –                             blessure d’automne   Mais la nuit peut abandonner toute complicité pour s’allier au cliquetis trompeur de la pluie, source de tourments. La construction en chiasme (cliquetis / insomnie ; nuit / pluie) accentue le sentiment de duperie et les assonances en « i » provoquent tels des rires narquois :                        Cliquetis dans la nuit – fidèles au rendez-vous                             la pluie, l’insomnie   Les liquides mettent en relief l’impression d’un environnement chagrin, tandis que l’univers, noyé par l’allitération en F, devient factice :                        Mirage – la neige au pays du soleil                             miroite, fond, fuit   Dans l’immense chaos, porté par la sifflante centrale, un  instant à s’approprier à tout prix :                        Nous reste une nuit avant que siffle ton train                             ne pas la dormir   Des cris, des rires, des pleurs, l’âme erre, ballottée dans la cohue de la ville :                        Se laisser prendre au piège des impasses                             touriste chez soi   Est-ce le temps du deuil qui s’ouvre  en final, escorté des Nuages du couchant ? A travers une mort omniprésente (Drapeaux en berne,  feuilles mortes, corps sous les décombres), reste à gérer l’absence :                        Suivre le croissant tout doucement il nous mène                             au mois du jeûne   Temps de la vacuité sous-tendue par le vocabulaire qui l’évoque et les allitérations en V. Feutrant les sons, elles émaillent le texte (vide, vingt, vogue, voix, vent). Implicitement, le lecteur est invité à  ferme(r) le livre. Apaisement  dans une ultime pirouette ? Le vent qui reprend en écho le titre « Levant »,  écorche « son » nom tracé sur le sable :   Mon doigt trace ton nom le vent se joue du sable oublie une lettre  

    Merci Amel,

    Danièle Duteil

  • amel_hamdi_smaoui

    Merci Danièle...une analyse qui m'a beaucoup émue.

    amitié

    amel

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